Aqua Bassino – Rue de Paris

    Quand on pense au blues, à la souffrance quotidienne qui transcende le travail d’un artiste, les images premières qui viennent sont souvent liées aux USA, à la Louisiane ou à Détroit.

    En 1996, avant qu’Aqua Bassino ne rejoigne FCom, je suis allé à Edinburgh passer quelques jours avec Jason. En quelques heures, j’ai compris d’où venait la mélancolie qui emplissait sa musique.

    Le gris du ciel, la pauvreté, héritage industriel laminé par les années Thatcher, les regards éteints, les vitrines de magasins vides, les rideaux défraîchis. Et Jason, qui entre deux bières, parlait de sa vie, de son père qui venait de disparaître, de sa grand-mère à qui il avait dédié Nana’s Waltz, de la tendinite à la main gauche résultant des nuits et des heures passées sur ses claviers. Tout ça était ponctué de sourires, de « cool vibes », du vocabulaire très personnel que Jason s’était créé.

    Les trois EPs, puis son premier album Beats n’ Bobs en 2002, avaient permis à Aqua Bassino de commencer à faire quelques dates de lives, de DJ, et de se sortir de son statut de homeless, dormant dans les garages de ses amis ou dans les studios d’enregistrement qu’on lui prêtait.

    Le blues était dans sa musique, mais aussi dans son quotidien. Jamais très loin. Un dégât des eaux, un plafond qui s’effondre et c’est une collection de vinyles qui disparaît. Plus de dates de DJs. La spirale qui recommence. Les impôts qui se réveillent, une copine qui part. Le début d’une longue traversée du désert. Entre tribunaux et petits boulots pour payer les dettes. Fossoyeur, facteur. En parallèle, la démerde pour récupérer l’ordinateur et les claviers mis aux clous pour parer au plus urgent.

    Voilà tout ce que nous n’avons jamais écrit mais qui nous semble essentiel pour comprendre d’où vient toute l’âme et toute l’émotion de la musique d’Aqua Bassino.  Ce côté « deep » qui est la marque de fabrique de Jason est omniprésent dans ce nouvel album dont l’enregistrement complexe s’est étalé sur deux ans.

    Malgré un quotidien éprouvant, Aqua Bassino délivre un album bourré d’espoir, d’amour et de soleil ; de Into The Sun à Jay’s Vibes, les 10 titres font de cet album le disque le plus personnel de Bassino.

    Un nouvel espoir.

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