Think Twice – Unemployed

    Think Twice est un groupe né sous les bombes. Par hasard et par amour. Avec pour seules armes véritables, une voix, un ordinateur et une basse. Un trio, qui développe une étrange philosophie. L’ordinateur, qui en veut à Béla Bartók, a offert à la voix une belle occasion de ne pas se taire. Ses boucles rythmiques compulsives servaient déjà de refuge à une basse hyper douée pour les prises en one shot l’après-midi. Ce qui arrange bien cet ordinateur qui ne s’allume qu’à la tombée de la nuit. Sans s’y reprendre à deux fois, dans ce désordre impeccablement huilé, Think Twice est devenu un groupe mi-diurne, mi-nocturne, un trio éclairé à la lampe torche. Ce n’est pas un revival, ce n’est pas un come-back, mais une simple association d’idées. L’ordinateur, la basse et la voix ont grandi sous des boules à facettes, entourés de gens souriants qui dansent en levant les bras. C’est donc à un DJ, dont le rôle au sein du groupe reste tout à fait fonctionnel, que Think Twice dédicace les maxis tirés de ses morceaux.

    Des morceaux originaux désormais réunis sur un mini-album en obéissant à une articulation organique. Ne leur demandez pas pourquoi. Sans message évident et facile à comprendre, que penser de ces bombes évoquées dans Under the Bombs ? Comme si Rocky IV dînait en ville avec John Cage et que Béla Bartók s’éclatait enfin en jam-session avec Miles Davis. Bartok est un Tokard ? C’est toujours une indication sur l’enfance présumée de l’ordinateur. Envoûtant, ITWFM, The True Story of a Wannabe est la vraie histoire de la voix, normal, c’est une voix, mais la basse s’exprime bien aussi sur Sluts, le véritable hommage de l’album. Think Twice, un groupe sans identité sexuelle fixe ? Ce n’est pas en faisant des Love Triangle que tout ça va s’éclaircir. Ni en s’énervant furieusement comme des mutants de la fin des années 70 sur Welcome to Your Future. Mieux vaut encore pleurer sur Unemployed. Les temps sont durs, Think Twice le sait et en fait le rôle-titre de l’album. Le marché de la viande chevaline se porte mal. La meilleure conclusion à ce monde absurde, c’est peut-être Analyse Me. Si les cours de piano sont traumatisants et que les musiques d’antan font baisser les chiffres du chômage, Freud et Lacan n’en finissent pas d’envahir la planète. Mais il est recommandé de consulter le mode d’emploi et d’observer Trois Minutes de Silence. Le chant secret des musiciens, généralement destiné à la grande communion des âmes.

    C’est un fait. C’est un son aux accents curieusement contemporains, un assemblage manifeste du passé prononcé dans le désordre, sans souci de cohérence immédiate. Un équilibre précaire et spontané entre la maîtrise des éléments et le mystère de la passion, une expérience musicale dans laquelle les accidents de parcours et les fautes de frappe sont les bienvenus. Il n’y a pas de recette, il n’y a que des histoires à raconter. La liberté est acquise, il est temps d’apprendre à parler en rythme. Un concert des Think Twice est un cours particulier en la matière. Un univers d’onomatopées et de réflexion, raconté en musique pour briser la routine. Une musique alternative et tendancieuse, sexuelle et domestique, perdue entre la pop espagnole, le rock de Bagdad, le punk de Dubai et le rap argentin.

    E. P.

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